Ce que traverser veut dire
Il y a des moments dans une vie où tout lâche en même temps. Pas progressivement. D'un coup. Ce texte parle de ça — et de ce que la musique fait concrètement quand tout le reste lâche.
Monter sans voir le haut. Chaque marche est un choix concret.
Il y a des moments dans une vie où tout lâche en même temps. Pas progressivement. D'un coup.
Le mien c'était il y a un peu plus d'un an. Un effondrement à la maison. Une ambulance. Un mois et demi à l'hôpital — presque deux. Une hémorragie d'abord, l'addiction ensuite. Les deux ensemble. Le corps qui dit stop de la façon la plus brutale qui soit.
Je n'écris pas ça pour que ça fasse mal à lire. Je l'écris parce que c'est de là qu'ALS est vraiment né. Pas d'une idée. D'une nécessité.
Le temps long
À l'hôpital, le temps n'existe plus de la même façon. Les journées sont longues d'une manière que je n'avais jamais connue. Ma famille était là — et ça comptait énormément. Mais il y avait des heures, beaucoup d'heures, où j'étais seul avec moi-même. Et moi seul avec moi-même sans rien pour structurer — c'est compliqué.
La musique était là. Elle a toujours été là dans les moments difficiles, mais là c'était différent. Là j'avais le temps de vraiment comprendre ce qu'elle faisait.
La playlist de survie
Les scanners m'ont appris quelque chose de précis.
Un scanner c'est vingt, trente, quarante-cinq minutes dans une machine qui fait du bruit, dans un espace fermé, sans pouvoir bouger. Pour quelqu'un de claustrophobe avec un cerveau qui ne tient pas en place, c'est une épreuve à part entière. La première fois j'y suis allé sans rien. C'était long d'une façon que je ne saurais pas mesurer.
La deuxième fois j'ai pris mes écouteurs. Mais j'ai compris très vite que mettre n'importe quoi ne fonctionnait pas. De la techno trop forte et le stress montait avec le bruit de la machine. Quelque chose de trop calme et mon cerveau partait dans tous les sens justement parce que c'était trop silencieux.
Alors j'ai construit une playlist. Pas au hasard. Avec une intention précise que je formulais sans encore avoir les mots pour la nommer.
C'est là que j'ai su, de façon très concrète et pas du tout théorique, que la musique pouvait faire quelque chose de précis sur un état précis. Pas guérir. Pas effacer. Accompagner la traversée pour qu'elle soit possible.
Ce qui ne se raconte pas mais se comprend
Mon père est parti il y a quelques années. Ma mère avant lui — j'avais vingt ans.
Ces deuils-là je ne vais pas les raconter en détail. Certaines choses n'ont pas besoin d'être expliquées pour être comprises. Ce que je peux dire c'est qu'à chaque fois la musique a été là d'une façon que rien d'autre n'a été.
Pas pour consoler. Pas pour remplir le silence. Pour tenir compagnie à quelque chose qui n'a pas de mots.
Le jour de l'enterrement de mon père, il y avait un titre. Un seul. Il a tourné en boucle dans ma tête ce jour-là. Et il y a quelques jours, pendant que je réfléchissais à d'où venait tout ce projet, il est passé sur mes enceintes — pas choisi, par hasard complet.
Je ne vais pas chercher à expliquer ça. Certaines choses arrivent et c'est suffisant.
Ce que ça a changé
Je suis sorti de l'hôpital différent. Moins de certitudes, plus de clarté sur ce qui comptait vraiment. Une addiction derrière moi. Une reconstruction devant.
Et quelque chose qui avait germé dans ces semaines immobiles — l'idée qu'il y avait quelque chose à faire avec ce que j'avais compris sur la musique et les états. Pas une thérapie. Pas un algorithme. Quelque chose d'humain, de précis, et d'utile pour les gens qui comme moi ont besoin d'autre chose que ce qui existe déjà.
ALS n'est pas né d'un plan. Il est né d'un scanner, d'une playlist de survie, et de la certitude que si ça m'avait aidé à traverser — ça pouvait aider d'autres à traverser aussi.
C'est aussi simple et aussi compliqué que ça.
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